mardi 31 août 2010

Une soirée chez les hippies

En Moldavie, il n’y a pas la mer, ni la montagne. Il n’y a pas beaucoup de musées, ni beaucoup de magasins. Mais en Moldavie cette année, il y a un rassemblement Hippie ! Le Rainbow Gathering est le grand rassemblement des hippies du monde entier. Chaque année, ils se réunissent dans un lieu différent et en 2010, le Rainbow Gathering a lieu en Moldavie ! Un événement que nous ne pouvions pas rater.



Écoutez le son de la soirée


Le réveil sonne à 7h. Dur dur après la soirée que nous avons vécu la veille. Mais un hippie n’a peur de rien et ne craint pas la fatigue : rendez-vous à la gare routière pour prendre un minibus direction Soroca, une ville située à un peu moins de 200km au nord-est de Chisinau. Après moult péripéties pour identifier notre bus, notre fine équipe de cinq français arrive enfin à partir. Il est 10h30. Arrivés à Soroca en tout début d’après-midi, l’aventure peut enfin commencer !

Nous devons tout d’abord trouver le lieu du Rainbow Gathering : la seule chose que nous savons, c’est qu’il faut se rendre dans un village dont nous ignorons le nom. Ça s'annonce compliqué ! Par chance, nous rencontrons un couple de Moldaves charmants qui font tout pour nous aider dans notre quête : après plusieurs dizaines de minutes, ils identifient quelqu’un qui a entendu parler du rassemblement. Direction Rudi, un petit village à 50km de Soroca.


Arrivés à destination, nous sommes perplexes : c’est bien gentil d’être à Rudi, mais où se trouve le rassemblement ? Dans le village, personne n’a entendu parler d’un festival hippie, ce qui nous semble très louche : si un rassemblement international a lieu tout près d’un si petit village, ils ont du voir passer du monde.

Quelques heures plus tard, nous identifions enfin quelqu’un qui est capable de nous orienter : « Allez par là : le chemin descend, descend, descend puis monte, monte, monte. Après, vous verrez des drapeaux ». Génial : dans une demi heure, nous devrions être là bas ! Il est 16h30.

Nous avançons, descendons, descendons, descendons, puis montons, montons, montons, mais toujours pas de drapeaux. Au bout d’un certain temps, nous tombons sur trois Polonais croisés un peu plus tôt dans l’après-midi à Soroca : ils sont dépités, incapables eux aussi de trouver le rassemblement. Au beau milieu d’un champ de pommiers, nous avons l’air biens malins. C’est à ce moment précis qu’il se met à pleuvoir (quelques minutes heureusement), comme si le destin s’acharnait contre nous et contre notre volonté de rencontrer des hippies.


Mais pleins de courage et d’audace, nous décidons de poursuivre notre route et là, ô miracle, nous apercevons enfin un petit bout de tissus orange caché dans un arbre : nous sommes sur la bonne voie !

« Hop hop hop, c’est repartie, dans 10 minutes, nous sommes arrivés », nous disons-nous pour nous rassurer. Excès d’optimisme : notre marche au beau milieu d’un ruisseau asséché au cœur de la forêt durera largement plus d’une heure…


Quelle joie, quand nous apercevons ce drapeau ! Il est 18h30, nos jambes sont lourdes, nos bras engourdies et nos têtes assoupies. Mais enfin, nous allons voir à quoi ressemble un camp hippie.

L’accueil est chaleureux. La majorité des participants est russophone et nous avons du mal à nous faire comprendre. Mais ils ont l’air heureux de nous accueillir. Nous plantons vite notre tente avant la tombée de la nuit, puis partons à la rencontre des autres participants. La plupart sont là depuis plusieurs semaines et enchaînent les Rainbows Gatherings d’années en années. Leur mode de vie est intriguant, intéressant : nous sommes en tous cas tous les cinq heureux d’en avoir un petit aperçu.

Il reste une grosse cinquantaine de participant dans le rassemblement qui se termine dans quelques jours. Le repas est collectif, autour du feu. A côté de nous, une musicienne nous joue ses chansons : sa voie est magnifique, tout comme sa façon de jouer de la guitare. Elle enchaîne les chansons, pour le plus grand plaisir de nos oreilles. L'aperçu sonore du début vous donnera une idée de l’ambiance.

Épuisés par notre journée de marche, nous allons finalement nous coucher. Je ne sais pas quel heure il est et je n’ai pas envie de le savoir : le temps s’est arrêté sur ce Rainbow Gathering. Pendant la nuit, il se met à pleuvoir. La pluie inonde les tentes et nous sommes obligés de déguerpir en catastrophe à 8h du matin. Heureusement pour nous, il existe un chemin plus pratique que celui d’hier pour rejoindre la civilisation.


Nous finissons par monter dans un bus qui va directement à Chisinau : l’aventure se termine, assoupis au fond d’un minibus, la tête remplie de chansons magnifiques, de souvenirs inoubliables et d’un regret fou de ne pas être resté plus longtemps sur place.

merci à Julie, Faustine, Aurélia et Corentin pour leur compagnie pendant cette aventure et pour leurs photos.

vendredi 27 août 2010

Ziua independentei !

Le 27 Aout les moldaves célèbrent leur indépendance. Depuis le 27 Aout 1991, la république de Moldavie ne fait plus partie de l'union soviétique. A Chisinau on célèbre l'évènement comme il se doit et la population investit la rue dans un joyeux brouhaha.


Dans le parc Stefan cel mare, personnage moldave très populaire ici, la fête bat son plein. Les enfants de mon centre, habillés pour la circonstance, profite du spectacle les yeux grands ouverts. Danses, chants, poésies s'enchaînent à un rythme effréné.





Petits et grands dansent, tapent des mains, entonnent des refrains célèbres. Yohann, un enfant arrivé il y a seulement quelques jours à la casa Aschuita et qui, jusqu'alors, était très réservé, danse et frappe des mains en rythme. Une jeune moldave offre des glaces aux enfants qui s'en mettent plein la figure. Petit tour au jardin d'enfants avant de rentrer se reposer.


Le soir c'est avec les volontaires que nous allons fêter l'indépendance de notre pays d'accueil. Rendez vous est pris à la cathédrale, à 20h tout le monde est là. Une bonne trentaine de jeunes terriens venus d'un peu partout sur la planète. Beaucoup d'échanges en perspective!

On profite du feu d'artifice (luxe qui semble incroyable dans un pays si pauvre) et du concert des stars locales les zdob si zdub.

mercredi 25 août 2010

Ma première révolution

Hier soir, nous sommes allés avec Julie à la lecture du livre d’une jeune Moldave. Toute la jeunesse underground de Chisinau était réunie pour l’événement : une centaine de jeunes, trois caméras de télévision (au bas mot) et des politiques haut placés. Tout ce beau monde dans une petite librairie du centre ville.



Ce livre parle d’une révolution, celle qui a eu lieu il y a un peu plus d’un an en Moldavie. Après la réélection douteuse des communistes à la tête du gouvernement, une partie de la jeunesse de Chisinau s’est emparé de la rue, pour protester, pour faire bouger les choses. Parmi-eux, Maria-Paula, qui rêve de cette révolution depuis longtemps.


Quand elle voit ces milliers de Moldaves réunis sur la grande place de l’assemblée nationale pour protester contre un système brumeux et vieillissant, son rêve devient réalité. « C’est ma première révolution. Volez-là moi », intitule-t-elle son livre, qu’elle traduit en Français et en Anglais (les trois langues sont réunies dans le même livre).



Cette soirée est une bonne occasion pour nous de comprendre un peu mieux ce qui s’est joué en Moldavie en avril 2009. Cette protestation collective semble être le signe d’un raz le bol général dans ce pays. Cette révolution a fait s’écrouler la tête de l’état moldave. Un gouvernement de transition est actuellement en place, en attendant le référendum du 5 septembre sur le mode d’élection du président.

Extraits de la soirée d’hier soir :




Quelques images de ce qui s’est passé il y a un an :


lundi 23 août 2010

Casa Ascuita

« Everithing in Moldova is about surviving ». Rodika me regarde avec un petit sourire résigné en peignant les cheveux d'une petite fille agenouillée à ses pieds.


Rodika est éducatrice à la Casa Aschuita, le centre d'accueil d'urgences dans lequel je travaille depuis quelques jours. Ce matin ses mots prennent tout leur sens. Alors que nous rentrons d'une promenade au parc avec les enfants, des travailleurs sociaux déposent au centre 7 nouveaux enfants. Parmi eux 4 soeurs, la plus jeune a environ 1 an, la plus âgée n'a pas plus d'une dizaine d'années. L'aînée porte le bébé dans ses bras. Elles se tiennent côte à côte en silence. Elles sont couvertes de crasse, le bébé a des croûtes sur tout le visage, l'une d'entre elles ne porte même pas de chaussures.


Les trois autres enfants ont été trouvé dans la rue. Je crois d'abord qu'il s'agit de 3 garçons puis j'apprends que l'un des trois est une fille, à qui l'on a rasé la tête.


Ils s'assoient à table et après beaucoup d'hésitations commencent à manger puis même à dévorer. Ils ont l'air tellement perdu. La fillette aux cheveux rasés reste muette, les yeux dans le vague.


Les enfants montent dans les dortoirs pour la sieste tandis que nous commençons à laver les 4 soeurs. Rodika découvre qu'elles sont couvertes de puces, tout leur corps en porte les stigmates. Elle leur applique un produit dans les cheveux. On leur trouve des vêtements propres. Parer au plus pressé, leur redonner le sourire. Ingrid, une volontaire néerlandaise, et moi tentons de les amuser. Des sourires timides apparaissent, quelques rires, des bras se tendent pour un calin. La grande soeur prend soin du bébé sans relâche.


Les enfants sont tous couchés pour la sieste dans des dortoirs aux lits superposés, la grande soeur garde le bébé avec elle. Rodika souffle et raconte. Elle raconte son fils en Italie qu'elle n'a pas vu depuis des années, son mari au Pays Bas, elle toute seule à Chisinau. Elle raconte les 6 années de démarches pour obtenir un passeport roumain et enfin peut être l'espoir d'en avoir un bientôt et de rejoindre sa famille en Europe de l'Ouest. Elle me dit dans son anglais parfait, qu'elle a appris toute seule dans les livres, que la vie est une saloperie.

jeudi 19 août 2010

Mon projet

Il est temps pour moi de vous décrire ce qui m'amène à Chisinau : le centre pour lequel je travaille en temps que volontaire européen. Avertissement : cet article n'a pas pour vocation d'être spécialement intéressant (si vous n'avez pas beaucoup de temps, cliquez plutôt sur un autre article). Mais il me permettra de répondre "va voir sur notre blog" à la question "et tu fais quoi en Moldavie en fait ?"

C'était aujourd'hui mon quatrième jour de travail et plus le temps passe, plus ce que je fais me plaît ! Je travaille au sein de l'"International Journalism Center" (IJC) de Chisinau. Cette structure lutte pour la liberté d'expression et l'indépendance des médias en Moldavie. Concrètement, les employés de ce centre sont là pour aider les journalistes (indépendants ou salariés) dans leur travail.

L'IJC est particulièrement utile pour les journalistes qui travaillent dans les deux régions autonomes de Moldavie : La Gagaouzie et la Transnistrie, qui ont fait sécession respectivement en 1990 et 1991. Dans ces deux petits états qui ne sont pas reconnus par la communautés internationale, la liberté d'expression est particulièrement malmenée. Mais parce que je viens d'arriver en Moldavie, j'ai encore du mal à cerner les enjeux qui existent autour de ces deux régions. Si un jour j'arrive à comprendre quelques choses, je vous promet de vous expliquer tout !


Bref, revenons à nos moutons. De ce centre dépend une école de journalisme, qui en un an forme des étudiants aux pratiques journalistiques (écriture, vidéo, radio, web...). Les cours commencent en septembre, et j'apporterai alors mon aide aux étudiants dans leurs travaux. En attendant, je travaille sur différents articles dont les sujets sont passionnant (nous en reparlerons).

Pour le moment, comme beaucoup de gens sont en vacances et comme l'école de journalisme n'a pas repris, mes journées ne sont pas totalement remplies. J'en profite pour apprendre le roumain et l'histoire de la Moldavie.

Une de mes autres taches ici, plutôt amusante, sera d'aider certains employés du centre à améliorer leur anglais. Ce qui signifie que je dois manger tous les midis avec une personne différente : ce midi, c'était Ion, demain ce sera Cristina. C'est plutôt marrant comme façon de faire et ça me plait : je suis ainsi amené à parler avec tout le monde.

mardi 17 août 2010

La course au visa

Ce matin, 7h45, rendez vous avec Tanya, de Advit, pour aller faire les tests médicaux nécessaires à l'obtention de notre visa. Un vrai parcours du combattant...



 Nous retrouvons à la clinique 2 autres volontaires françaises de Nouvelle Calédonie, Aurélia et Faustine. On se raconte nos impressions, nos petites histoires...Et bien sûr ça va beaucoup plus vite de sympatiser en français qu'en anglais...



Entrés dans la clinique, les visites s'enchainent : prise de sang, contrôle des sels, radio (dans une machine d'un autre âge), psychologue, gynécologue...Les médecins sont tous plus mal aimables les uns que les autres, on attend des plombes et en plus c'est carrément la foire d'empoigne là dedans, on se bouscule, on se double, on s'engueule...Un asile de fous! Le pire étant que l'épreuve n'est pas finie puisqu'on doit y retourner demain...

Un moment mémorable parmis d'autre : la visite au psychologue. Après une longue attente et m'être fait doubler plusieurs fois, j'entre avec Tanya, je m'assois. La psychologue en roumain puis Tanya en anglais :
« Vous voyez un psy?
-Non
-Vous avez des problèmes dans votre tête?
-Non
-Vous prenez des médicaments?
-Non »
Et hop ! Un coup de tampon sur un bout de papier après quelques heures d'attente. Même chose chez le gynéco qui veut juste savoir si par hasard j'ai la bonne idée d'être enceinte puisqu'évidemment chacun sait qu'accoucher en Moldavie doit être un vrai plaisir.

Lendemain matin, retour à la clinique pour toujours plus d'attente et de test « médicaux », le « dermatologue » ne lève même pas les yeux vers moi, le thérapeute ne rencontre que notre traductrice...On finit par passer haut la main tous les tests, ce qui revient à dire qu'après plusieurs heures d'attente on a réussi à collecter tous les tampons et divers graffitis des « médecins ». On a plus qu'à attendre quelques semaines et nous pourrons officiellement rester en Moldavie pour un an !

lundi 16 août 2010

A la découverte d'un pays inconnu

Quand on arrive dans un nouveau pays, c'est toujours la même chose: les premières sorties dans la rue sont comme de grandes aventures !

En me promenant dans les rues de Chisinau, je sais que je suis un étranger ici: j'ai l'impression que les gens parlent dans une langue qu'eux même ne comprennent pas et la ville ressemble à un enchaînement de rues que jamais je ne connaitrai. Et parce que nous restons un an dans cette ville, c'est encore plus frustrant que d'habitude de ne rien connaître. J'ai envie d'apprendre le roumain, pour parler aux gens, pour prendre un taxi ou simplement pour commander une bière dans un bar. J'ai besoin de connaître cette ville, pour aller où bon me semble sans me perdre à chaque coin de rue.

Parce que nous restons un an dans ce pays, j'ai envie de connaître son histoire, sa géographie et sa politique. A quelques kilomètres de la mer noire, les gens se sentent-ils européens ou russes ? Comment font-ils pour jongler constamment avec deux langues, le roumain et le russe ?

En parlant de mon désir de comprendre la Moldavie avec une collègue, celle-ci m'a répondu que "plus on reste longtemps dans ce pays et moins on le comprend". Cela en dit long sur la position si particulière de la Moldavie...